Love is a deserter, Love kills.

24 février 2006

Phase 2

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Les heures passent trop lentement et trop vite à la fois. Elle s’ennuie ferme dans ce cours de journalistique alors elle dessine des formes sur sa feuille, en attendant. Mais en même temps, être dans cet amphi, toute seule, au milieu de tout ce monde a quelque chose de rassurant, elle ne voudrais jamais en partir car déjà, dans une heure, elle devra rejoindre Arthur et ils rentreront ensemble. Elle relève parfois les yeux et elle le voit, il est là-bas et il fixe un mec. En fait, le mec en question, c’est le prof. Arthur sait qu’il n’a aucune chance avec lui mais quand même, il voudrait vraiment pouvoir lui sauter dessus et l’embrasser tellement il le trouve attirant. C’est ce genre d’homme qu’il veut, sensuel, gentil et intelligent. Souvent, avant de s’endormir, il plonge dans une douce torpeur où ils ne sont que tous les deux à la fin du cour. Arthur s’approche, il prend les mains du prof, les posent sur sa taille et avance en même temps ses lèvres pour l’embrasser. Mais il n’y a jamais de suite car il s’endort toujours avant la fin. C’est frustrant.

“Quelque chose ne va pas ?”
Prune tourne la tête, un garçon souriant la regarde, mais là, elle n’a pas envie de s’attarder avec donc pour couper court à la conversation qu’il semble vouloir engager, dans un soupir brutal, elle répond un “non, tout va bien”. Elle voit tout de suite qu’elle l’a un peu blessé mais s’en fiche, elle ne le connaît pas et n’a pas l’intention de lui faire la discussion.
”Allez, avoue que quelque chose ne va pas ...”
Prune n’en revient pas, comment peut-il être à ce point sans gène ?
La sonnerie retentit. Prune range ses affaires, se lève, prête à se diriger vers Arthur mais elle l’aperçoit en train de parler au prof. “Putain, il a vraiment que ça à faire”. Alors elle s’engage dans l’allée qui mène à la porte de sortie. Le garçon la suit. “Qu’est ce que tu fais maintenant ?”. Silence froid, Prune ne veut pas répondre “rien” alors elle essaye de trouver une autre alternative mais ça bloque. Alors elle finit pas dire “rien”. Il lui sourit, encore une fois et, ça l’agace, encore une fois. Mais elle a besoin de parler, alors elle lui demande ce qu’il a à lui proposer.
“Ça te dit d’aller boire un verre ?”
Elle n’a pas trop envie, se force un peu et accepte.

Quand elle rentre à l’appartement, Arthur est devant la télé, en train de regarder the Virgin Suicides pour la énième fois. Elle sait qu’il adore ce film à cause Trip Fontaine.

Il est tard, elle a passé presque quatre heures dehors avec cet inconnu.
Il s’appelle Louis. Au début, ils parlaient de tout et de rien, attablés à boire, lui, des cafés, elle, des sirops de citron. Au bout d’un moment, alors qu’elle se sentait en confiance et commençait à se dire qu’après tout, ce garçon n’était pas si mal que ça, elle lui a demandé pourquoi il lui avait parlé. Elle était presque sûre de la réponse mais avait besoin de l’entendre la dire. Sans aucun ménagement, il lui a répondu, le plus honnêtement possible.
”En fait, je me disais que peut être tu pourrais me présenter Arthur, comme tu es proche de lui, te connaître me faciliterait la tâche ...”.
Silence glacial pour Prune, sourire au lèvre pour Louis.
”Quoi ? Que je te présente qui ?”. Elle ne s’en était pas doutée une seule minute. Pauvre conne, et dire que tu pensais qu’il était tout simplement attiré par toi. Tout simplement. Pourquoi les choses sont-elles aussi compliquées ? L’idée ne lui était pas venue à l’esprit qu’un garçon comme lui puisse être homo. Oh non, pas encore un. “Ok, ce n’était pas vraiment mon genre”, se dit-elle, “mais suis-je obligée de faire vœu de chasteté parce que celui que j’aime est aussi mon meilleur ami pédé ? Et dire que dans l’amphi il semblait préoccupé par mon sort. Encore un qui avait envie de tirer un coup.”
Prune, déconcertée, a elle aussi décidé de jouer la carte de la franchise et se balance pas mal des conséquences que cela peut avoir.
“ Là, je crois que tu a fait fausse route mon pauvre. Arthur, c’est mon coloc, mon meilleur ami, et je suis accessoirement amoureuse de lui donc tu peux toujours aller te faire foutre. Si ça te dis de coucher avec lui, saches que ce n’est pas moi qui te servira d’intermédiaire. Par contre, si tu veux, je peux te donner son carnet d’adresse, il est bien garni et regorge de numéros de mecs qui sauront assouvir tes fantasmes. Et puis avoir fait semblant de te préoccuper de mes problèmes pour pouvoir plus facilement m’aborder avec ton air niaiseux, je trouve ça vraiment dégueulasse”.

Elle a était vraiment méchante, elle le conçoit. Comme si Arthur était sa chasse gardée alors qu’il n’en est rien.


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Phase 1

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   Elle est en sueur, vient de se réveiller brusquement. Encore un cauchemar. Mais est-ce vraiment un cauchemar quand il s’agit d’un rêve où l’on tient dans ses bras l’être aimé et où tout se concrétise enfin ? Pour Prune, oui, c’est le cas, ce n’est qu’un mauvais rêve et, à peine éveillée, elle en ressent déjà les effets dévastateurs. Elle a rêvé de lui. Encore rêvé de lui. Encore un cauchemar. Pendant ce laps de temps, plongée dans son inconscient le plus profond, il l’aimait, enfin. Maintenant que tout est réalité, elle se rend compte à quel point la situation est absurde. Il faut qu’elle arrête de ressentir pour lui autre chose que de l’amitié.
Alors en pleine nuit, à 4 heures du matin, un vendredi, Prune, 22 ans se remet en question, toute seule au fond de son lit. Depuis combien de temps le connaît-elle ? Pourquoi est-elle est tombée amoureuse de lui ? Elle n’arrive pas à répondre à ces questions, aligner deux mots dans sa tête. Elle n’en peut plus, veut que tout cela cesse, tous ces rêves où ils sont heureux et s’embrassent alors que dans la vie, la vraie, rien ne se passe pour la simple et bonne raison qu’il est homo. Elle pleure. A ressasser tant de choses dans son esprit, ces choses qui font si mal mais qui sont pourtant empruntes de vérité, Prune n’en peut plus. C’est trop dur. Elle pourrait lui apporter de l’amour, elle, mais il ne fait que le rejeter. Sans le vouloir, bien sûr, ce n’est pas intentionnel de sa part, mais il le rejette à travers son choix, ses goûts, ses bords.
Non Prune, tu ne mesure pas 1 mètre 85, tes cheveux ne sont pas comme il les aime.
Et surtout, Prune, tu n’es pas un garçon.
Mais depuis quand être une fille pose un problème ?

Prune sort de son lit, toute engourdie. Il est 7 heures. Ses yeux piquent, ses joues sont sèches, trop de larmes amères ont coulé dessus.

Elle s’installe à la table de la cuisine, commence son bol de céréales allégées. Prune est de celles qui sont constamment au régime. Trop peur de grossir. Volonté de maigrir et de ressembler (un peu) à Kate Moss. En fait, toute cette diète, c’est vraiment une histoire de fringues. Mais peu importe. Elle veut seulement avoir l’illusion d’être une jeune fille de son temps. Alors elle mastique doucement, ce n’est pas bon de se presser et de tout avaler à peine la cuiller mise dans la bouche.

Arthur arrive doucement, comme à son habitude, il ne se dépêche pas. Il est de mauvaise humeur le matin, surtout depuis qu’il va dans des soirées pour trouver l’âme sœur et que ça ne marche pas. Mais aujourd’hui, c’est différent. Il s’assoit et regarde Prune avec un sourire malicieux.
“Alors, bien dormi ? Tu n’as rien entendu cette nuit ?”.
A son tour, Prune regarde Arthur. Elle repense à ses pleurs... peut être a-t-elle été trop bruyante...
”Non, pourquoi ?”
Elle redoute la réponse.
Arthur sourit. “Juste comme ça... J’espère qu’on ne t’a pas dérangée, c’est tout.”
“On ?” demande-elle.
“Oui, moi et un mec que j’ai rencontré hier soir. Un sacré bon coup celui-là. Mais il est reparti avant que tu te lèves. Dommage, il était super sympa et je n’ai même pas son numéro”.
Arthur et Prune ont leurs chambres côte à côte et Prune n’a rien entendu. Heureusement.

Arthur est fier de lui. Peut-être un peu nympho sur les bords, il adore les mecs.
Arthur, 22 ans, vit en colocation à Paris avec Prune depuis trois mois.
Hier soir, il est d’abord allé à la Perle retrouver des copains. Et puis comme à son habitude, il s’est dirigé vers le X, la base stratégique de tout gay en mal de relation amoureuse. Au départ, son but était de rencontrer le garçon, l’amour, de se stabiliser sentimentalement. Il s’est vite rendu compte que tout ça ne donnait rien et a décidé de prendre du bon temps. Comme hier. Ce mec qu’il a ramené était un nouveau. Il l’a vite allumé et est reparti avec. Et Prune ne s’est rendue compte de rien. Tant mieux.

Son bol est terminé alors elle se lève et le dépose dans l’évier. Prune est distante ce matin ce qui n’a rien d'étonnant. Parce que dans son rêve, c’est Arthur qui était dans ses bras. L’écoeurement, le dégoût : pourquoi rêver de lui alors qu’il est au même moment en train de s’envoyer en l’air avec un inconnu ? Jamais Prune ne fera ça, jamais, elle se le jure, elle est bien trop romantique.

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